

Les organisations scolaires ont tout ce qu'il faut pour participer au débat public : une expertise de terrain, des données et des porte-parole crédibles. Pourtant, trop peu le font de façon stratégique.
Elles interviennent surtout quand une crise éclate ou qu'un ministre annonce une réforme. Entre les deux, leur voix s'entend peu, et le débat sur l'éducation se construit sans elles.
Nous accompagnons des conseils et des centres de services scolaires au Québec, en Ontario, dans les Maritimes et à Vancouver. Les contextes varient d'une province à l'autre, mais le problème est le même partout. L'expertise existe. Il manque une démarche pour choisir où parler, avec quel message et par quels moyens.
Le 24 octobre dernier, Catherine Mounier-Desrochers et moi avons présenté cette démarche à Halifax, à la conférence des communicateurs en éducation (CACE). Voici l'essentiel, en trois étapes : trouver vos thèmes de prédilection, définir votre point de vue et déployer votre stratégie de communication.
Les équipes de communication font déjà tout
Communications aux parents, demandes des médias, recrutement, promotion des programmes, gestion de crise. J'ai dirigé les communications d'un centre de service scolaire de la région de Montréal. Je connais ces journées où tout est urgent.
Dans ces conditions, il reste peu de temps pour penser au rôle que l'organisation pourrait jouer dans les débats qui se tiennent autour d'elle. Nous passons beaucoup de temps à communiquer ce qui se passe à l'intérieur, et peu à contribuer à ce qui se passe à l'extérieur.
Pourtant, la réussite scolaire, la pénurie de main-d'œuvre, l'accessibilité et l'inclusion sont des sujets que les organisations scolaires connaissent mieux que quiconque.
L'objectif n'est donc pas de communiquer davantage. Il consiste à choisir où investir ses efforts.
Un exemple tiré de mon expérience
Au début de ma carrière, dans une commission scolaire de Montréal, la diversité culturelle et religieuse était au centre de débats publics très sensibles : accommodements raisonnables, salles de prière, symboles religieux.
Nos communications sont devenues très prudentes. Nous avions pourtant des élèves de près de 200 nationalités et une grande expertise pour accueillir les élèves immigrants, les intégrer et surtout les aider à réussir. Publiquement, cette expertise restait presque invisible. La partie la plus controversée du dossier définissait tout le reste.
Nous avons décidé d’aborder le sujet de front. Qu'est-ce que nous savons mieux que les autres ? Lesquels de ces sujets comptent dans le débat public ? Lesquels sont stratégiques pour nous ? Nous avons parlé de ce que nous faisions bien et des résultats que nous obtenions. Nous avons même invité un journaliste dans une école où les élèves réussissaient mieux que la moyenne québécoise.
Nous sommes passés de la réaction à la participation. Ce parcours inspire aujourd'hui notre accompagnement auprès de nos clients en éducation.
Étape 1 : trouver vos thèmes de prédilection
Un thème doit passer trois filtres :
Le bon thème se trouve à l'intersection des trois.
Des thèmes que les organisations scolaires choisissent
Voici une liste de départ :
Dans les ateliers que nous animons chez nos clients, les choix varient beaucoup. À la commission scolaire où j’ai travaillé, c'était le vivre-ensemble et les stratégies d'enseignement pour les élèves doués. D'autres ont retenu la réussite des garçons, l'impact des programmes particuliers sur la réussite, l'importance des différents parcours vers le diplôme ou la lutte contre la cyberintimidation. Il y a autant de thèmes possibles que d'organisations scolaires.
Comment choisir en pratique
Étape 2 : définir votre point de vue
Prenons l’exemple de cette organisation scolaire voulant se positionner au niveau du déploiement de ses innovations soutenues par l’IA. Notre première question porte sur le message. Un point de vue pourrait être le suivant : les écoles ne devraient pas chercher à garder l'IA hors de la classe, elles devraient apprendre aux élèves à l'utiliser avec esprit critique. Le thème, c'est l'IA. Le point de vue est ce qui donne quelque chose à débattre.
Pour chaque thème, répondez à ces questions :
Un bon point de vue est constructif et appuyé par des faits. Il ne cherche pas la controverse et ne commente pas tous les débats publics. Il lui faut aussi un porte-parole. Qui va l'incarner ?
Étape 3 : déployer votre point de vue
La visibilité, c'est que les gens savent qui vous êtes. La crédibilité, c'est qu'ils reconnaissent votre expertise. L'influence, c'est que votre expertise change la façon dont un enjeu est compris et traité.
Pour mesurer votre influence, regardez pourquoi votre téléphone sonne. Si c'est uniquement pour une crise ou une annonce, vous êtes visible. Si c'est un partenaire qui organise une table ronde ou un journaliste qui cherche une analyse, vous devenez une référence.
Commencez par l'auditoire
Un public différent demande un objectif différent. Posez-vous la question : qui voulons-nous vraiment rejoindre ?
Pour obtenir du financement, du soutien pour une priorité ou une invitation à des consultations gouvernementales, quelques publications Facebook ne suffisent pas. Une relation directe, des données et des rencontres auront plus de poids. Les médias peuvent même fragiliser vos relations avec le gouvernement. Toutes les conversations n'ont pas à se tenir en public.
Les leviers à combiner
Ces leviers se renforcent. La cohérence et la répétition font la différence. Une publication isolée ne suffit pas.
Lancez-vous
Prenez une page et répondez à trois questions :
Demandez ensuite à vos parties prenantes ce qu'elles associent à votre organisation. Leurs réponses vous indiquent où vous en êtes.
Chez Casacom, nous accompagnons des organisations scolaires de partout au pays dans cette démarche. Contactez-nous pour en discuter.