

Gouvernement minoritaire, nouveaux interlocuteurs, priorités en train de se définir : retour sur les bons réflexes partagés lors d'une discussion entre expertes en affaires publiques.
Deux semaines après l'élection provinciale du 5 octobre 2026, le nouveau gouvernement prend forme. Le cabinet ministériel se constitue, de nouveaux visages apparaissent et les priorités se précisent rapidement au fil des jours. Pour les organisations, cette période soulève des questions bien concrètes. À qui parler? Quand? Et comment se démarquer quand tout le monde cherche à attirer l'attention?
C'est pour y répondre que Casacom a réuni, le 20 octobre, à la veille de l'assermentation du nouveau conseil des ministres, des leaders d’organisations de secteurs variés autour d'un petit-déjeuner-discussion. À titre de directrice, communication d'entreprise et relations gouvernementales chez Casacom, j'ai eu le plaisir de participer à cet échange aux côtés de ma collègue Alice Bergeron, directrice, Communication d'entreprise et affaires publiques, sous l'animation de Catherine Mounier-Desrochers, directrice principale, Communication d'entreprise et affaires publiques.
À nous trois, nous cumulons l'expérience de plus de sept élections et transitions gouvernementales, au provincial comme au fédéral. Nous avons vécu ces moments de l'intérieur, dans des cabinets, puis de l'autre côté, auprès des organisations que nous accompagnons maintenant. Voici les principaux conseils que nous avons transmis.
Un contexte qui change la dynamique
Le Québec n'avait pas connu de gouvernement minoritaire depuis 2012. Les décisions prises et les relations établies maintenant influenceront la capacité des organisations à se faire entendre pendant les prochaines années. Dans ce contexte, il ne suffit plus d'arriver avec des demandes ponctuelles. Il faut se positionner comme un partenaire qui contribue aux priorités du gouvernement.
Lire les signaux : comment se forment les priorités
Plusieurs documents et moments clés permettent de comprendre la direction d'un nouveau gouvernement :
La leçon que nous avons souhaité transmettre est simple : s'inscrire dans ces priorités a un impact, même quand on ne les nomme pas explicitement.
Tisser sa toile : bien plus qu'une rencontre avec le ministre
Le réflexe est souvent le même : on souhaite rencontrer le ministre rapidement pour présenter son organisation et ses priorités. Ces rencontres sont importantes, mais elles ne suffisent pas à bâtir une relation durable. Les décisions se construisent autour du ministre, et plusieurs personnes y contribuent :
La bonne question n'est donc pas seulement « qui est le décideur? », mais « qui influence, qui recommande et qui décide? ». Une organisation qui cultive des relations à plusieurs niveaux résiste mieux aux remaniements, aux changements de directeur de cabinet et aux imprévus.
Les bons réflexes pour établir des relations durables
Au fil de nos échanges, nous avons identifié cinq réflexes essentiels pour les organisations qui souhaitent développer des relations solides avec le nouveau gouvernement.
Le timing : à quel moment manque-t-on le bateau?
Il n'est jamais trop tard pour établir une relation, autant avec le nouveau gouvernement, que tous les nouveaux élus qui siègent désormais à l'Assemblée nationale. Il est préférable d'agir de façon rapide, certes, mais également constante. Les 100 premiers jours comptent : les ministres sont souvent appelés à dévoiler rapidement une liste de priorités. Cela dit, le travail d'influence se fait surtout en continu. Il faut aussi garder en tête que chaque organisation a son propre calendrier de priorités.
Bâtir dans la durée
Le meilleur conseil du panel est peut-être le plus simple : l'essentiel demeure les relations humaines. Il faut tisser des liens avec les cabinets, les ministères et les députés avant d'avoir besoin de quoi que ce soit, puis les entretenir de façon continue.
Les organisations bien connues des équipes politiques en tirent un avantage concret : elles reçoivent parfois un préavis sur des consultations, ou même un appel pour donner leur avis, parce qu'on sait qu'elles connaissent bien la réalité du terrain. Dans le pire des cas, on se retrouve avec un réseau utile dans son secteur. Dans le meilleur, on s'épargne beaucoup de maux de tête.
À l'heure où un nouveau gouvernement définit sa vision, la question à se poser n'est peut-être pas « que dois-je demander? », mais plutôt « comment puis-je contribuer? »